Iles anglo-normandes 1940-1945

Plan :

Contexte historique

Timbres (Guernesey, Jersey)

Marcophilie (Feldpost, censure, croix rouge…)

 

1 Contexte historique

Le gouvernement anglais a décidé le 15 juin 40 que ces iles n’avaient pas d’intérêt stratégique et que leur défense immobiliserait de très nombreux soldats. Des navires furent mis à disposition des iliens qui désiraient partir. La majorité des habitants d’Aurigny quittèrent leur ile. Seuls les enfants (et quelquefois leurs parents) de Guernesey furent évacués. Par contre, la majorité des habitants de Jersey (et de Serq) restèrent. Entre le 30 juin et le 4 juillet 1940, les allemands s’installent sur les iles (cette occupation avait plus un intérêt de prestige que stratégique). Jusqu’à mi 42, la cohabitation entre les allemands et les iliens se passe sans trop de problèmes. Puis, les allemands décident de transformer les iles en forteresses militaires. Des camps sont construits à Aurigny, et l’organisation Todt, en charge des travaux, fait travailler jusqu’à 15 000 personnes (prisonniers, travailleurs volontaires, allemands, iliens). Le 9 mai 45, les troupes allemandes de Guernesey se rendent sur le HMS Bulldog et celles de Jersey sur le HMS Beagle. De nombreux timbres commémorent ces événements.

 

2 Timbres utilisés pendant l’occupation allemande de Jersey et Guernesey

 (source principale : le monde des philatélistes 1975 et divers articles de presse, catalogue Michel)

2-1 Timbres anglais

A Guernesey et à Sercq, afin de pallier au manque de timbres anglais (qui continuaient, comme à Jersey, à être utilisés) dans les bureaux de poste, l’usage de timbres anglais de 2 pence coupés en 2 (« bisecs ») a été autorisé du 27 décembre 1940 au 22 février 41 dans les grandes postes (jusqu’en juillet dans les petites). Le plus courant est le timbre commémorant le centenaire du timbre anglais (Yvert n° 230), puis l’effigie de Georges VI (Yvert n° 212). Michel (et le Monde des Philatélistes) signalent aussi l’utilisation beaucoup plus rare de timbres à l’effigie de Georges V (n° 142 et 190). Le Monde indique que d’autres timbres coupés en deux ont été employés, alors que le Michel signale que c’était interdit. Le Monde signale aussi des bisecs oblitérés par un cachet de la Feldpost et de la Kriegsmarine (lettres probablement postées par des travailleurs civils auprès des allemands). Un article de timbre magazine précise que l’emploi des Bisecs est dû à la multiplication des envois de courriers administratifs suite à l’occupation allemande (tarif 1d, alors que le tarif « normal » est de 2d, d’où un manque rapide de timbres de 1d). Toujours selon cet article, les plis qui ne sont pas de complaisance ont donc expéditeur une administration, une entreprise commerciale. Le pli ci-dessous est donc probablement de complaisance, mais pas un faux car le cachet mutilé (« 1940 » transformé en « 1941 »).

En tout état de cause, la majorité des plis que l’on rencontre sont philatéliques, voire faux (selon Michel). Tous ceux de Jersey sont faux.

2-2 Emploi de timbres français.

Les timbres anglais (et, plus tard, de Jersey/Guernesey) n’ont pu être utilisés que localement. Les courriers destinés à l’étranger (Allemagne, France…) ont donc dû utiliser des timbres du Reich ou de France. Jusqu’à début 41, il n’y avait pas vraiment de règles l’improvisation était donc la règle !

Les ouvriers travaillant pour l’organisation TODT (français ou espagnols réfugiés en France) du Mur de l’Atlantique ont pu utiliser des timbres français, oblitérés par un cachet de la Feldpost. Seule l’adresse d’expéditeur (codée) permet de savoir que l’enveloppe provient bien de Jersey ou Guernesey : Postfach 35 Cherbourg, Postfach 190 Saint Malo, Postfach 191 Saint Malo, Postfach 192 Saint Malo, Camp (ou Lager ou Distrikt) Jakob… Le feldpostnummer apposé sur certaines lettres permet, s’il a été utilisé dans ces iles (28529d, ou L43025 par exemple) d’en connaitre la provenance. A partir de novembre 1942, ces envois sont censurés à Paris. La réponse était envoyée à la BP de Saint Malo.

Des entiers Pétain ont aussi été utilisés au départ de Jersey.

Selon le monde des philatélistes de Novembre 94, les postiers allemands de la Feldpost encaissaient parfois le prix d’un timbre allemand (25pf, soit 5Fr)  mais collaient sur l’enveloppe un timbre de 1F50 (et faisaient ainsi un bénéfice !). En effet, afin d’éviter l’inscription de messages secrets, c’est le postier qui devrait coller le timbre.

2-3 Emploi des timbres allemands

A partir du 11 février 1941, les envois des civils non allemands des iles anglo-normandes pour l’étranger doivent être affranchis avec des timbres allemands au tarif international (25 Pf pour une lettre, 15 Pf pour une carte), les allemands utilisant ces mêmes timbres allemand, mais au tarif intérieur allemand. Ces envois ne sont censurés qu’à partir d’Octobre 1942 à Paris.

Les civils allemands résidant dans ces iles utilisent aussi des timbres allemands pour leurs envoyés vers l’Allemagne, mais au tarif intérieur (12Pf ou moins). Ces courriers ne sont jamais censurés.

Dans tous les cas, les timbres sont oblitérés avec un cachet feldpost. Enfin, on trouve sur Internet beaucoup d’affranchissements mixtes timbres allemand + timbre anglais (ou de Jersey/Guernesey) avec un cachet civil et un cachet feldpost. Ce peut être des envois de complaisance (d’époque, à partir de février 41, en particulier si le destinataire est Karl Hennig), des faux (réalisés après guerre, surtout en République Dominicaine par des allemands «réfugiés », dont les descendants de ce même Hennig). Attention à ce que les anglais appellent les « enhanced covers », c’est-à-dire des enveloppes régulièrement affranchies avec un timbre de l’occupation allemande et oblitérées mais sur laquelle a été ajouté après guerre un autre timbre, ou un autre cachet (en particulier de type allemand) pour lui donner plus de valeur.

2-4  Timbres de Guernesey et de Jersey

Il est à noter que les timbres de Jersey et de Guernesey peuvent être utilisés indifféremment dans les 2 iles.

2-4-1 Guernesey

A Guernesey, seule une série a été émise : armoiries de Guernesey. Elle a été imprimée sur place sur le papier disponible : rayé, épais, fin, papier journal, papier destiné à l’impression de billets de banque (cas, par exemple, du 7ème tirage du 1 d).

18 février 41       : Michel n° 2 (Yvert n° 2) 1 d. Tirage 1,77Mi

7 avril 41             : Michel n° 1 (Yvert n° 1)  ½ d. Tirage 2,48Mi

12 avril 44           : Michel n° 3 (Yvert n° 3)  Afin d’économiser le papier, un timbre de 2 ½ d a été émis. Tirage 0,42Mi

11 mars 42          : Michel n° 4 (Yvert n° 4) Idem n° 1, mais sur papier billet de banque filigrané. Tirage 120 000

7 avril 42             : Michel n° 5 (Yvert n° 4) Idem n° 2, mais sur papier billet de banque filigrané. Tirage 120 000

 

Attention : dans les années 70-80, des faux ont été imprimés, et se trouvent encore sur le marché, et sont difficile à distinguer.

2-4-2 Jersey

Avant l’émission des timbres catalogués, un essai non adopté (et pas un non émis) a existé : des timbres anglais ont été surchargés Jersey 1940 + une croix gammée. Ils ont été détruits sur ordre de Berlin, afin de ne pas trop « froisser » la population locale (la croix gammée recouvrait la figure du roi). Quelques exemplaires ont survécu ; ils sont généralement dans des musées (ceux proposés sur le marché sont à priori des faux). Tous les timbres allemands avec une surcharge Jersey, Alderney… sont des faux récents. 

A Jersey, deux séries ont été émises : armoiries (comme à Guernesey) et paysages.

Selon la légende, les 4 lettres présentes dans les 4 coins de la série d’armoirie Jersey –et de Guesnesey (AA BB sur le ½ p et AAAA sur le 1p) signifierait respectivement « Ad Avertum Bloody Benito » et « Ad Avernom Adolf atrox ». Cette série a été imprimée sur place. Les plaques ont été détruites après la guerre. Attention : dans les années 70-80, des faux ont été imprimés; ils se trouvent encore sur le marché, et sont difficiles à distinguer.

Série des armoiries (de nombreux types de papier ont été utilisés)

1er avril 41           : Michel n° 2 (Yvert n° 2). 1d Tirage 1Mi

29 janvier 42      : Michel n° 1 (Yvert n° 1). ½ d Tirage 0,75Mi

La série des paysages de Jersey a été imprimée à Paris en 1943 car le papier manquait à Jersey.

1er juin                 : Michel n° 3 (Yvert n° 3). ½ d. Porte d’une ancienne ferme à Jersey. Tirage 360 000 sur papier blanc, et 120 000 sur papier gris ressemblant à du papier journal

1er juin                 : Michel n° 4 (Yvert n° 4). 1d. Baie de Portelet. Tirage 360 000 sur papier blanc, et 240 000 sur papier gris ressemblant à du papier journal

8 juin                    : Michel n° 5 (Yvert n° 5). 1 ½ d. phare de la Corbière. Tirage 360 000 sur papier blanc

8 juin                    : Michel n° 6 (Yvert n° 6). 2d. Ruines du fort Elisabeth. Tirage 360 000 sur papier blanc

29 juin                  : Michel n° 7 (Yvert n° 7). 2 ½  d. Château du Mont Orgueil. Tirage 360 000 sur papier blanc, et 360 000 sur papier gris ressemblant à du papier journal.

29 juin                  : Michel n° 8 (Yvert n° 8). 3 d. Tour de la Roque. Tirage 360 000 sur papier blanc.

Là encore, des faux ont été imprimés. Ils se retrouvent sur lettre, avec des faux cachets (de la feldpost, par exemple).

Les timbres des iles anglo-normandes furent utilisables jusqu’au 13 avril 46 (ou 11 mai 46, selon d’autres sources)

Juste après la libération les autorités anglaises ont remis aux iliens un entier postal (200 000 furent imprimés) leur permettant d’envoyer, en franchise de port, des nouvelles à leur famille.

 

3 Marcophilie

3-1 Poste allemande de service

Selon William Newport (Stamps and postal History of the Channel Islands), il existait une poste de service. Les lettres étaient oblitérées avec un cachet à main violet portant la mention « Deutsche Dienstpost », et transportées par du personnel militaire. Schlutz, dans son ouvrage de référence, n’en parle pas.

3-2 Feldpost

Les cachets Feldpost de recommandation (seuls les allemands pouvaient envoyer des recommandés) ont un numéro: n° 712,  937, K843M… Mais la plupart des cachets feldpost sont sans numéro. Utilisés pour les correspondances des soldats allemands, de civils allemands ou de civils insulaires écrivant à l’étranger.

Seule la feldpost avait le droit de traiter le courrier destiné à l’Europe occupée : celui des soldats, mais aussi des civils (à partir du 8 janvier 41 pour Jersey, peu après pour Guernesey)  et des travailleurs de l’organisation Todt.

Il y avait environ 30 000 soldats allemands à la fin de la guerre, et plus de 600 feldpostnummern. Je ne peux donc pas les nommer tous ! On trouve aussi des cachets localisés, c’est-à-dire comprenant le mot Sark, Guernesey, des vignettes de poste aérienne…..Certains sont de complaisance (ce qui ne signifie pas faux), d’autres seraient faux.

Pendant la période de blocus (D’octobre 44 à mai 45) de rares correspondances ont circulé entre ces iles et le Reich par avion ou sous-marin. A Noel, la Kriegsmarine a permis la transmission de messages télégraphiques, qui étaient retranscrits sur un entier postal spécial. Le même entier était utilisé pour les messages en provenance d’une autre Festung, celle de Dunkerque. Les familles recevaient une carte du message reçu par radio. Les soldats, quant à eux, lisaient les messages de leur famille sous forme de journaux du front. Ces documents sont très rares. (scans du livre sur la feldpost, de Gutekunst)

3-3 Cachets du courrier civil.

Rien de spécial (aucun cachet n’aurait été fabriqué localement pendant la guerre). Seule « particularité :le « 0 » de 1940 du cachet linéaire de Guernesey fut coupé pour le transformer en 1

3-4 Censure

Sur place, une éphémère commission a fonctionné en janvier 1941 (cachet circulaire ressemblant à celui de Bordeaux : Oberkommando der Wehrmacht/ aigle/Y). On a rencontré aussi des cachets de la Feldkommandantur 515, du Frontführer d’Alderney sur des correspondances de civils. Marques de censure ?

Ci dessous, reproduction de censures allemandes extraites de l’ouvrage de référence, Landsmann

Le rare courrier inter ile qui a été censuré le fut par la poste allemande de campagne.

Mais la majorité des plis des iles qui ont été censurés l’ont été en France, à Paris entre octobre 42 et juin 44, puis très rarement à Nancy (ou Francfort) après juin 44. Cela ne concerne que le courrier des civils non allemands. En octobre 41, griffe rouge sur 2 lignes : Geprüft/Dienststelle Feldpost 45190, puis en janvier 42 Geprüft/Dienststelle Feldpost 24052 D (cachet linéaire ou griffe sur 2 lignes), puis en septembre 42 Geprüft/Dienststelle Feldpost (sans numéro). Ensuite, les cachets et les bandes « standards » ont été employés (avec la lettre x).

Mais la censure n’était pas systématique.

3-5 Correspondre avec le Royaume-Uni

Au début de l’occupation, il semble que certains iliens ont essayé d’utiliser les services de Thomas Cook  & Son, via la fameuse BP 506 à Lisbonne.

A partir d’octobre 40, la Croix Rouge put mettre en place son système de message, via Paris (censure des allemands) et Genève. Ces messages Croix Rouge sont très communs (760 000 selon l’ouvrage de M.Carnévalé).

Les anglais (d’Angleterre) ont utilisé trois types de formulaires : le 1er , trilingue, fourni par la Croix Rouge de Genève, le 2ème portant l’entête « War Organisation of the British Red Cross and Order of Saint John –bilingue-, puis un 3ème  , en 1942-43 (trilingue). Ci dessous quelques exemples

Formulaire croix rouge-ordre de St John  du Royaume Uni 18 juin 43, censure anglaise, transmis (via le Portugal ?) à la croix rouge allemande de Paris (cachet Violet), transmis à la croix rouge à Genève, qui le transmet à Jersey. Le destinataire répond le 15 octobre 44 au verso du formulaire. Celui-ci est transmis à la Croix rouge à Genève (le 28 janvier 44), qui le transmet en Angleterre (via Paris). 2ème censure anglaise.

Formulaire croix rouge-ordre de St John  du Royaume Uni 28 septembre 41, censure anglaise, transmis (via le Portugal ?) à la croix rouge allemande de Paris (cachet rouge), transmis à la croix rouge à Genève (arrivée le 28 octobre 41) qui le transmet à Guernesey. Le destinataire répond le 19 juin 42 au verso du formulaire. Celui-ci est transmis à la Croix rouge à Genève (le 25 septembre 42), qui le transmet en Angleterre (via Paris). 2ème censure anglaise.

Les iliens, quant à eux, avaient à leur disposition un formulaire bilingue (français-allemand) fourni par la Croix Rouge Allemande.

Mais entre juin 44 et mai 45, ce type de communication a été interrompu. Un navire de la Croix Rouge (le Vega), en provenance du Portugal, qui a ravitaillé 6 fois les iles, n’a pas été autorisé à transporter les lettres que les anglais avaient envoyées à leurs correspondants iliens. Elles furent retournées.

 

3-6 Prisonniers

Plusieurs cas à envisager :

  • Déportés (et prisonniers de guerre) anglo-normands en Allemagne
  • Les soldats anglais présents dans les iles lors de l’arrivée des allemands furent envoyés dans des camps de prisonniers le 27 juillet 40 (stalags IV-B et XXI-D).
  • A partir de 1942, des habitants pas nés dans les iles et des anciens officiers de la première guerre furent envoyés dans l’Ilag V-B, l’Ilag V-C, l’Ilag VII, l’Ilag VIII-Z et l’Ilag WIII (selon Stich, ces civils ont tout d’abord été internés dans les Oflags UB, VI E, VII). 2 000 civils anglais furent déportés en Allemagne et, suite à un accord avec la Croix Rouge, ont été considérés comme étant des prisonniers de guerre, d’où la possibilité de leur envoyer du courrier.
  • Aurigny : camps de déportés. Il en aura 4 : Camps de Sylt (français « demi-juifs » -conjoints de non juifs à partir du 12 aout 43), Norderney (prisonniers russes et est-européens ainsi qu’espagnols), Helgoland (travailleurs russes) et Borkum (travailleurs allemands principalement). Ces camps dépendent de celui de Neuengamme (région de Hambourg). Cette main d’œuvre servira à construire le mur de l’Atlantique, sous le contrôle des ouvriers libres de l’organisation Todt. Les lettres de ces camps sont extrêmement rares. Le prisonnier devait affranchir l’enveloppe d’un timbre français de 1F50 (envoyé par sa famille). Les lettres étaient alors transportées par les allemands à Paris, où elles étaient censurées et recevaient une griffe « Paris Centralisateur » (et pas un cachet à date)
  • Après la libération, un certain nombre de soldats allemands furent gardés prisonniers dans les iles.

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