Lituanie : philatélie et marcophilie 38-45

Source: catalogue Michel, Wikipedia, American philatelic, Schutz…

La carte ci dessous concerne des zones polonaises et lituaniennes. Elle montre bien les multiples changements de « nationalité » qu’ont subit les habitants de la région (et les changements de timbres utilisés !).

Violet foncé (Suwalki, Sudauen en allemand). Polonais à l’issue de la 1ère guerre (Voïvodie de Bialustok),  annexé au Reich en 1939 (rattaché à la Prusse orientale), à nouveau polonais en 1945.

Bleu foncé (Augustow). Polonais, puis annexé par les soviétiques entre 39 et 41, puis occupé par l’Allemagne de 41 à 44, puis à nouveau polonais.

Marron (Lida, Grodno…) Villes polonaises, occupées par les russes en 1939, occupées par les allemands en juin 41 (Grodno est rattachée à la Prusse orientale). Soviétiques après la guerre (biélorusse actuellement)

Rose (Lazdijai…) : Ville lituanienne, occupée par les soviétiques en 40, puis par les allemands en 41, puis intégrée à la Lituanie soviétique en 1944

Orange (Vilnius) : voir ci-dessus. Polonais jusqu’en septembre 39, lituanien jusqu’en juillet 40, intégré à la république soviétique de Lituanie en juillet 40, occupé par les allemands en juin 41, à nouveau intégré à la république soviétique de Lituanie en 44.

Orange clair (Druskininkai). Polonais après la 1ère guerre, intégrée à la République soviétique de Biélorussie en 1939 (après l’invasion d’une partie de la Pologne en septembre 39), puis transféré à la République soviétique de Lituanie le 7 septembre 1940, puis occupé par le Reich en juin 41.

  1. POSTE CIVILE

1/ Avant la première occupation soviétique (juin 40)

1-1 MEMEL: Le 20 mars 1939, le Reich adresse un ultimatum à la Lituanie : Memel (Klaipeda en lituanien), qui avait été annexé par la Lituanie à l’issue de la 1ère guerre mondiale, doit être rendu à l’Allemagne, les allemands étant majoritaires dans cette partie de la Lituanie. Sans quoi, le Reich envahit la Lituanie. Le 23 mars suivant, une délégation lituanienne se déplace à Berlin afin de signer sa cession. Les forces allemandes envahissent le territoire avant même la ratification officielle lituanienne. Les timbres allemands sont alors utilisés dans la région de Memel.

Timbres lituaniens surchargés ‘Memelland ist Frei’ (timbres Michel n° I à IV)

 Ces timbres n’ont pas été distribués dans les bureaux de poste de la région de Memel. Cependant, leur  vente était libre (ils étaient également vendus illégalement au guichet postal de Memel) et leur utilisation pour l’affranchissement étaient tolérée jusqu’au 31 mars 39. Les timbres de Lituanie avec en surcharge une avec croix gammée et « Wir Sind Frei » sont des « inventions ».

Tirage 30 000, 30 000, 70 000 et 50 000

Dès le rattachement au Reich, les villes du territoire de Memel utilisent des timbres (et entiers) allemands

1-2 VILNIUS: Suite à l’invasion de la Pologne par l’Union soviétique en septembre 1939, la région de Vilnius (qui appartenait à la Pologne) est cédée à la Lituanie le 28 octobre 1939. Les habitants de Vilnius, qui utilisaient des timbres polonais, doivent dorénavant affranchir leur courrier avec des timbres lituaniens (on rencontrerait des affranchissements mixtes timbres lituaniens-polonais). En échange, les soviétiques installent des bases militaires sur le territoire lituanien. En effet, selon le protocole secret du pacte germano soviétique d’aout 39, les états baltes sont dans la zone d’influence soviétique.

  • 11 décembre 36         : Michel n° 410 (Yvert n° 355). Dernier président de la Lituanie, Smetona, qui a fuit le pays le 15 juin 1940 (pour le Reich puis la Suisse)
  • Janvier-mars 37          : Michel n° 411 et 412 (Yvert n° 356 et 357). Suite de la série
  • 15 février 39               : Michel n° 426 et 428 (Yvert n° 367 et 369). Effigie de Smetona (à l’occasion du 20ème anniversaire de l’indépendance)
  • 28 octobre 39             : Michel n° 433 à 436 (Yvert n° 375A à D). Retour de Vilnius à la Lituanie. Tirage 400 000, 400 000, 200 000 et 200 000
  • 15 mars 40                  : Michel n° 437 et 441 (Yvert n° 376 et 380) Début de la série « Pour la liberté ».
  • 6 mai 40                      : Michel n° 443 à 445, BL n° 2 (Yvert n° 373 à 375, BF n°3). Retour de Vilnius à la Lituanie. Tirage 410 000, 400 000 et 215 000. Le bloc, réunissant les 3 timbres (Michel n° 446 à 448), à été imprimé  en 50 000 ex.
  • 18 mai 40                    : Michel n° 438 et 439 (Yvert n° 377 et 378). Suite de la série Liberté.
  • 19 juillet 40                 : Michel n° 440 et 442 (Yvert n° 379 et 381). Fin de la série « Liberté » (il est curieux que les 2 dernières valeurs de cette série à la gloire de l’indépendance de la Lituanie, aient été mises en vente un mois après l’entrée des soviétiques !).

2/ Période d’occupation soviétique (1939-1941)

Le 15 juin 1940, 150 000 soldats soviétiques s’installent en Lituanie, qui devient le 3 aout 1940  la République Socialiste Soviétique de Lituanie suite à des élections truquées le 14 juillet (le parlement demande le rattachement le 21 juillet 1940). Dès l’arrivée des soviétiques, le fonctionnement de la poste fut très réduit en attendant l’arrivée de fonctionnaires soviétiques qui devaient remplacer les fonctionnaires postaux locaux. Les soviétiques font surcharger des timbres lituaniens LTSR (république socialiste soviétique de Lituanie, mis en vente le 21 aout 40) : on peut rencontrer des affranchissements mixtes timbres lituaniens – timbres LTSR). On est donc dans la situation où une République Soviétique émet des propres timbres ! Les timbres soviétiques sont ensuite utilisés (on peut rencontrer des affranchissements mixtes, et pendant quelques mois les tarifs postaux de l’ex Lituanie indépendante continuent à être utilisés conjointement avec les tarifs soviétiques, ces derniers devenant les seuls valables- ainsi que les timbres soviétiques- le 25 mars 41). Comme dans les autres Etats Baltes, des cachets soviétiques bilingues (plusieurs modèles) remplacent progressivement les anciens cachets lituaniens, même dans les petites villes à partir de mars-avril 41. De grandes déportations ont lieu en juin 41, juste avant l’arrivée des allemands (environ 18 000 lituaniens déportés).

  • 21 aout 40                  : Michel n° 449 à 456 (Yvert n° 382 à 389). Timbres lettons surchargés LTSR 21/7/40. Tirage 300 000

Ensuite, les timbres soviétiques sont utilisés.

3/ Période occupation allemande (juin 41 à  mi 44)

Le 22 juin 41, l’Allemagne envahit la Lituanie. Le 24 juin, les allemands entrent dans Kaunas. Ils sont bien accueillis par les lituaniens car ils pensent que le Reich va leur accorder l’indépendance : le 23 juin 41, un gouvernement provisoire (fantoche) est même proclamé (il s’auto-dissout le 5 aout 41). Ce gouvernement provisoire fait surcharger les timbres soviétiques trouvés sur place, avant que les timbres Ostland ne soient utilisés (comme dans les autres états baltes, et dans une partie de la Russie occupée). Dès l’arrivée des allemands en juin 41, les fonctionnaires baltes qui n’avaient pas été déportés par les russes tentent de faire redémarrer les services postaux afin que leurs concitoyens puissent avoir des nouvelles de leur famille, ce qui était très difficile depuis un an. Les timbres russes trouvés sur place sont surchargés. Mais ce sont surtout les philatélistes des troupes d’occupation allemande qui en bénéficièrent !

Le premier bureau ouvre en Lituanie le 1er septembre 41 (courrier domestique).

Pendant une période provisoire (jusqu’en novembre 41 date de l’arrivée des timbres allemands surchargés « Ostland ».), des timbres lituaniens, russes, russes surchargés localement et allemands sont utilisés pour affranchir le courrier.

En octobre 41, les correspondances sont possibles avec le Reich, puis en février 42 avec les autres territoires occupés.

Dans certaines grandes villes, des cachets bilingue (allemand-lituanien) furent introduits par les allemands. Puis une germanisation progressive des autres villes commença vers 1943 (avant, les anciens cachets baltes sont utilisés).

Dans les secteurs de l’Est, des codes postaux sont attribués le 1er mai 44 (peu avant l’arrivée des troupes russes !). Lors de cette offensive, le siège de la poste de l’Est est transféré de Riga à Köslin (en Poméranie à l’époque, maintenant el Pologne)

3-1 Emissions du gouvernement provisoire (juin – juillet 41):

3-1-1 Emission générale valable pour toute la Lituanie.

Le 5 juillet 41, 9 timbres soviétiques ont été surchargés « NEPRIKLAUSOMA / LIETUVA / 1941-6-23 (signifie « LITUANIE INDEPENDANTE ») à Kaunas, la capitale de Lituanie. Selon le site « lithuanianphilately.com », les allemands n’appréciant pas le mot ‘indépendant’, ordonnèrent la destruction des timbres surchargés encore chez l’imprimeur. Mais une partie avait déjà été livrée dans les bureaux de poste (17 000 sur 70 000 par exemple pour le 2K). Il semblerait qu’un nombre plus important des autres valeurs avaient déjà été livrées, si bien qu’un faussaire a recréé un cliché pour surcharger des timbres russes de 2K et ainsi pouvoir vendre aux philatélistes des séries complètes ! Mais, pour augmenter les ventes, ce cliché a été utilisé sur d’autres timbres que le 2K (sur les faux, les lettres sont moins nettes, plus « écrasées » et le U est plus évasé). Ce même site indique que très peu d’enveloppes ont réellement circulé, et que celles que l’on trouve sont généralement des fabrications philatéliques ou des faux (utilisation de cachets bien après la date d’oblitération…). Il semblerait que seule la poste de Siauliai ait utilisé ces timbres jusqu’au 1er septembre 41 (arrivée de timbres allemands puis des timbres surchargés ‘Ostland’).

  • 8 juillet 41                   : Michel n° 1 à 9 (Yvert n° 1 à 9). Tirage de 330 000 à 10Mi selon valeur

3-1-2 Timbres pour la région de Vilnius (surcharge VILNIUS sur des timbres soviétiques)

  • 16 juillet 41                 : Michel n° 10 à 18 (Yvert n° 10 à 18). Tirage de 3 000 à 80 000

3-1-3 Timbres pour la région de Alsedziai (Alsedschen) (petite ville au nord-ouest du pays). Timbres soviétiques surchargés fin juin 41’’ Laisvi / alsedziai 24 IV 41’’. 36 timbres différents, tirage très faible

3-1-4 Timbres pour la région de Panevezys (Ponewesch) (petite ville au centre du pays)

Timbres soviétiques surchargés en juillet 41 ‘’ Laisva / Lietuva / 27 6 41 / Panevezys’’. 9 timbres différents. Tirage de 1 000 à 20 000

 

3-1-5 Timbres pour la région de Raseiniai (Rossingen) (petite ville au centre du pays, occupée par les allemands le 23 juin 41)

Timbres soviétiques surchargés fin juin/ juillet 41 ‘’ Raseiniai 1941 VI 23’’. 11 timbres différents.

3-1-6 Timbres pour la région de Rokiskis (Rakischki) (petite ville au nord-est du pays, occupée par les allemands le 25 juin 41)

Timbres soviétiques surchargés le 30 juin 41 ‘’ Laisva 1941 VI 27  Rokiskis’’. 7 timbres différents

3-1-7 Timbres pour la région de Telsiai (Telschen) (ville au nord-ouest du pays)

Timbres soviétiques surchargés le 30 juin 41 et le 3 juillet ‘’ Laisvi  Telsiai 1941 VI 26’’. 25 timbres différents

3-1-8 Timbres pour la région de Ukmerge (Wilkomir) (ville au centre du pays)

5 timbres soviétiques différents surchargés

 

3-1-9 Timbres pour la région de Zarasai (Zargrad) (ville au nord-est du pays)

Timbres soviétiques surchargés le 30 juin 41 ‘’ Lietuva 1941 VI 26  Zarasai » ». 7 timbres différents.

D’autres villes ont procédé à des surcharges locales fin juin début juillet 41. Le « catalogue » Chapier indique que des timbres furent surchargés d’une croix gammée et de « Wir Sind Frei »

Le 31 aout 41, les autorités allemandes interdisent l’usage de ces timbres « locaux ». Les timbres allemands (jusqu’à mi 42) et les timbres et entiers allemands surchargés OSTLAND (à partir de novembre 41) sont alors utilisés.

La poste allemande (Deutsche Post Ostland) remplace progressivement la poste lituanienne, et la distinction poste civile – Dienstpost n’est plus très claire.

En juillet 44, les soviétiques entrent en Lituanie. Les timbres soviétiques sont à nouveau utilisés. Pendant une dizaine d’années, une guérilla anti soviétique par perdurer.

2 Poste militaire

Police et armée lituaniens

Selon l’ouvrage de Kreft, début 42, 10 000 lituaniens sont incorporés dans les 1ers bataillons de sécurité et 6 000 dans un bataillon de police. Puis, en 1944, 16 000 hommes dans une ‘unité spéciale lituanienne’. De plus, 37 000 lituaniens furent incorporés dans la Werrmacht, l’organisation Todt, Speer. Les courriers sont assez rares (détruits par les familles après la guerre !)

Selon Wikipedia, le bataillon de Waffen-SS lituaniens n’a pas réussi à être mis en place. Par contre, une force territoriale de défense lituanienne a été créée en 1944 pour aider les allemands à combattre l’avancée soviétique (le pays est « repris » par les russes entre l’été 44 et début 45).

 

3 Poste allemande de service (source. L’ouvrage de Schultz)

En théorie, les envois de la poste de service devaient être oblitérés avec des cachets « Dienstpost », les envois de la poste civile avec des anciens cachets baltes et les envois de la poste de campagne avec des cachets muets. Mais la réalité était souvent différente (les bâtiments étaient souvent communs aux différentes postes), d’où une confusion dans l’emploi des différents cachets (confusion aggravée par les problèmes d’approvisionnement en matériaux d’oblitération).

La Lituanie faisait partie du « Commissariat du Reich des Territoires de l’Est » (Ostland). Ce Commissariat comprenait 4 commissariats généraux (Estonie, Lituanie, Lettonie et Biélorussie). Du 25 juillet 41 au 1 septembre 41, le siège de l’Ostland était en Lituanie, à Kaunas ( Kowno). Le 1er septembre, il fut déplacé à Riga (Lettonie). Dans les 3  ex Etats Baltes, les allemands pouvaient s’appuyer sur les autorités locales pour le fonctionnent administratif du territoire.

Dès leur arrivée, les allemands occupent les bureaux de poste non détruits et mettent en place une poste de service. Le premier à ouvrir fut celui de à Kaunas (Kauen en allemand) le 26 juillet 41.

Rappel : la poste allemande de service se charge du courrier de l’administration, des entreprises  (et leurs employés allemands) allemandes ainsi que de la poste de campagne (soldats). Elle participe aussi de la remise en fonctionnement de la poste civile. Seul le courrier du personnel des entreprises commerciales pouvait être censuré (à Königsberg, en Prusse). Les lettres devaient être revêtues de la mention « Durch Deutsche Dienstpost Ostland », d’une croix bleu et d’un cachet de l’expéditeur.

A la fin de l’automne 44, les fonctionnaires allemands de la poste de service sont progressivement évacués vers la Prusse en raison de l’arrivée des troupes soviétiques

Les cachets postaux utilisés par la poste de service dans les Territoires de l’Est font apparaitre la mention « Deutsche Dienstpost Ostland » (au tout début, des cachets de type russe mutilé ont pu être utilisés).

Après avoir mis en place une poste de  service, les autorités allemandes mettent en place la poste destinée aux civils locaux.

 

4 Censure

Avant l’arrivée des soviétiques en juin 40, le catalogue Stich ne cite qu’une marque (Z) rencontrée sur des courriers destinés à l’étranger. De 1937 à 1940, on peut rencontrer des lettres ouvertes pour le contrôle des changes.

Dès le début de la guerre (alors que la Lituanie est encore indépendante), les allemands censurent le courrier international à Königsberg (Prusse orientale).

En 1944, les soviétiques instaurent une censure des correspondances domestiques et internationales. Puis seules les lettres de/vers l’étranger sont ouvertes, avant que la censure ne cesse en 1954.

5 Camps

3-5-1 Allemands (source : Geissler er Wikipedia)

À la fin de l’été 1943, sur ordre de Himmler, le ghetto de Kaunas fut transformé en camp de concentration. Il était subordonné au « SS-Wirtschafter bei Höheren SS-und-Polizeifführer Ostland » à Riga. Les prisonniers portaient encore souvent des vêtements civils et, dans certains cas, des familles entières vivaient ensemble dans le camp de concentration. A l’approche de l’Armée rouge, la destruction systématique du camp de concentration débute en juillet/août 44. De nombreux prisonniers qui s’étaient cachés sur le terrain du camp ont été abattus par les SS ou ils ont été déportés vers d’autres camps de concentration.

2/3-5-2 Soviétiques

Pas d’entiers, ni d’enveloppes spéciales. Les prisonniers du goulag se débrouillent (feuilles pliées en triangle). On trouve quelques rares lettres postées en 1941.

 

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