La censure dans les zones sous contrôle des alliés (43-46)

Censure (source : ouvrage de Mattiello, Civil Censorship Study Group…). Les scans de dessins sont extraits de ces documents.

On peut distinguer 3 périodes dans la thématique de la censure:

  • de l’entrée en guerre des italiens à la signature de l’armistice (Royaume et Mussolini chef du gouvernement).
  • la république sociale italienne (RSI, dite république de Salo): Mussolini la dirige, sous le « contrôle » des allemands
  • territoire sous l’administration directe des alliés (suite au débarquement en Sicile mi 43) et territoires sous administration du Royaume d’Italie, (sous le « contrôle » des alliés). Cette zone d’étendra progressivement de la Sicile à la totalité de l’Italie. C’est l’objet de ce 3ème article

Selon les sources, les informations (type de cachet utilisé, date de réouverture des postes….) varient. Je pense que, vue la désorganisation du réseau postal dans les zones sous contrôle des alliés, les changements du type d’administration des territoires libérés (AMGOT, AMG, gouvernement royal italien…), et, j’imagine, les pénuries (cachets postaux, timbres…) les règles édictées n’étaient pas nécessairement mise en application immédiatement !!!

Au sud, des « Uffici di censura civile » sont créés. Leurs cachets sont circulaires avec un pont central (les italiens appellent ce cachet « a ponte ») dans lequel figure un nombre à 4 chiffres, attribué progressivement au fur et à mesure de la progression des alliés : 1 000 pour la Sicile, 2 000 pour la Calabre, 3 000 pour la Campanie jusqu’à 10 000 pour le Frioul. On rencontre aussi fréquemment la marque ACS (allied censorship). Mais en raison du manque de cachets, les anciens cachets (avec le blason de la royauté) .

En Calabre et Basilicate, le courrier reprend progressivement entre septembre et octobre 43. Dans les Pouilles et en Sardaigne, le courrier redémarre en Septembre 43. Dans d’autres régions (Bari, Brindisi…), il reprend en Novembre 43. Mais les échanges peuvent être restreints à une province donnée, puis s’étendre à d’autres et ainsi de suite. Ces bureaux utilisent les cachets royaux, préparée en 1942 (chiffre + R). Mais certains bureaux utilisent des cachets différents.

La Sicile reste isolée du reste de l’Italie de juin 43 jusqu’au 11 février 44. La censure, pendant cette période est assurée par l’Allied Military Government (chaque bureau de censure utilisait le cachet ci-dessous, avec un chiffre de 1000 à 1012. Après le 11 février, le gouvernement militaire cesse son activité et la Sicile rejoint l’administration civile italienne (le courrier et la censure est donc similaire aux autres régions libérées du sud de l’Italie). Après le 11 février 44, on trouve 3 types de cachets : ACS, type période fasciste (Royaume d’Italie)  et type « à ponte ». Le cachet ACS était utilisé pour la censure des correspondances locales, de manière systématique jusqu’au 17 mai 44. Puis son emploi a progressivement quasi disparu. Les cachets « à pont » étaient utilisés sur les enveloppes fermées, à cheval sur la bande, parfois avec le cachet ACS.

Pour préparer la restitution au gouvernement italien l’administration de son pays, la censure est réorganisée comme suit (à partir de février 44) :

Le courrier domestique est censuré par du personnel civil italien (sous le contrôle des alliés –Allied Control Commission-(ACC), tandis que le courrier vers l’étranger est censuré par du personnel militaire allié. Toutes les correspondances sont transmises à un bureau de censure proche de l’expéditeur. Si la lettre n’est pas ouverte par le bureau de censure, elle est revêtue d’une marque de transit. Si elle est ouverte, elle est refermée avec une bande de censure et un cachet (circulaire avec un pont et 4 chiffres) est apposé à cheval. Il est à noter que les zones stratégiques, ou de combat restent sous contrôle de l’ «Allied Military Government » (AMG). Le cachet ACS devient obligatoire le 17 mai 44. Il était employé de manière occasionnelle avant cette date, même sur le courrier non ouvert par les censeurs. Le courrier fermé par une bande a généralement le cachet « royal », mais plus occasionnellement le cachet à pont avec le  n° du censeur. Pour terminer, le cachet ACS est utilisé par tous les bureaux ce censure du Sud et de la Sicile, tandis que les cachets avec les armes royales (avec ou sans le R et un n°) ne sont utilisés que dans certains bureaux.

Les correspondances pour l’étranger étaient confiées à la poste aux armées américaines ou anglaises (qui se chargeait déjà du courrier des prisonniers de guerre). Des bureaux de censure ont été ouverts dans plusieurs villes (Palerme en Sicile, Sassari en Sardaigne…). Le cachet  EXAMINED BY / N°…/ A.C.S. est fréquent sur ces lettres. Il est progressivement remplacé par un cachet circulaire (MILITARY CENSORSHIP /O…/ CIVIL MAIL). Enfin, certaines enveloppes ne portent que des marques de censure américaines ou anglaises (censure effectuée par les troupes d’occupation en Italie).

La carte (avis de capture) ci dessous a été postée le 24-11-43 par un italien fait prisonnier après la destitution de Mussolini. Il était probablement stationné en Grèce (détachement PM 45 au verso de la carte). Il est dans le stalag IV D. La lettre est arrivée le 4 mars 44 à Potenza, au sud est de Naples. Cette région est restée assez isolée du reste de l’Italie en raison des combats. Elle a été censurée par les autorités alliées d’occupation à Potenza (cachets « A.M.G. Ufficio Censura » et « C= N. 38 », utilisés dans cette ville): 

Naples a été libéré le 1er octobre 43. Les alliés y installent un gouvernement militaire (jusqu’au 20 juillet 44). La poste cessa de fonctionner le 8 septembre 43, avant de ré ouvrir le 10 décembre 43 (correspondances locales). Ce n’est qu’en juin 44 que Naples est connecté au réseau postal italien (sud libéré). En mars 44, le cachet ACS commence à être utilisé, puis en juin le cachet « à pont ». Fin 44, la plupart des correspondances de Sardaigne, Sicile et du Sud, destiné à Rome, est censuré à Naples. A Naples, le courrier vers l’étranger utilisait un cachet circulaire « VERIFICATO PER CENSURA 30.. »:

Rome : Le 12 juin 44, la ville est connectée au reste du réseau postal du sud libéré. Le bureau de censure utilise un cachet ACS et à pont (n° 4000 à 4200), ce dernier étant utilisé jusqu’en mai 45 pour le courrier domestique et fin 46 pour l’international. Mise en place d’un pont aérien Naples- Rome : 12 juin 44 au 31 aout 44.

En  juin 44, certaines provinces sous juridiction italienne cessent de censurer le courrier domestique, tandis que dans d’autres (Bari, Palerme…) le courrier est censuré par une nouvelle institution militaire (UMCG). C’est la théorie, car en pratique les anciens bureaux provinciaux continent à censurer le courrier, conjointement avec l’UMCG. Ces cachets seraient utilisés à partir de septembre 44, et jusqu’en juin 45. Mais son reste assez peu fréquent.

Le courrier vers l’étranger (pays neutres ou alliés) est à nouveau possible à partir du 10/01/44. Il en est de même pour le courrier des prisonniers. Mais le courrier via la croix rouge vers les zones sous contrôle allemand (dont l’Italie du nord) n’est toujours pas possible.  A Rome, le courrier pour l’étranger était censuré dans des bureaux différents du courrier domestique. Les cachets utilisés sont aussi différents (EXAMINED BY/ NO…/A.C.S). Ce cachet pouvait cependant être utilisé ponctuellement pour les correspondances du « pont aérien ». Ensuite, le courrier vers l’étranger était censuré par un cachet « à ponte ».

Le 1er septembre 44, les alliés progressant vers le nord, un certain nombre de provinces du centre de l’Italie (entre autre, Aquila Rome) sont intégrées au système postal italien. Il est à noter qu’un « pont postal » (postal bridge) existait depuis le 12 juin entre Naples et Rome. Les correspondances de ces régions étaient peu censurées (à l’exception de celles de Rome). Les cachets sont les mêmes que dans les autres régions libérées par les alliés : cachet A.C.S., cachet « à pont », rarement cachet avec les armes de la royauté. Puis le 1er octobre, c’est au tour de Florence à être reliée à Rome (cachet de censure à pont et numéro 87..).

Enfin, entre fin avril 45 et le 20 mai 45, les provinces du nord sont progressivement raccordées à un système postal autonome. Ce n’est qu’entre mi juin et mi septembre 45 que ces provinces sont intégrées au système postal italien. Dans ces régions, l’Allied Control Commission met en place la censure du courrier. On retrouve les cachets à pont et A.C.S. Pas de cachets avec le blason royal.

De mai à Décembre 45, le courrier pour l’étranger transitant par Gênes est revêtu des cachets suivants:

Vers la fin de 1945, le gouvernement italien a repris la censure militaire alliée existante sous son propre contrôle et a remplacé les mots en anglais sur les cachets/bande de censure par des textes italiens.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.