1 Communications en général
1-1 Avant l’arrivée des japonais
Le déclenchement de la deuxième guerre en septembre 1939 entraina une perturbation des communications entre les Pays-Bas et sa colonie. A partir du 5 septembre 1939, la ligne aérienne de la « KLM Bandoeng (Java) – Amsterdam » doit s’arrêter à Naples (le survol de l’Allemagne et de la France étant interdit). Le courrier prend le train entre Naples et Amsterdam, ou le train pour Lisbonne puis l’avion vers l’Angleterre ou les USA.
Les 3 lettres ci-dessous, postées dans les Indes hollandaises en janvier 1940, portent une marque de censure anglaise à Calcutta.
A partir de l’invasion des Pays-Bas (10 mai 40), la ligne de train Naples – Amsterdam est suspendue. Puis, lorsque l’Italie entre en guerre (10 juin 1940), la ligne aérienne de la KLM depuis Bandoeng s’arrête à Lydda (maintenant Lod, en Palestine anglaise) au lieu de Naples. De Lydda, le courrier pour les pays neutres d’Europe (Suisse par exemple) emprunte le train via Vienne (d’où censure allemande). Le 9 février 1942, cette ligne aérienne Bandoeng – Lydda est arrêtée (invasion japonaise).
A la même période (juin 1940), les lignes aériennes anglaises entre l’Océanie (Australie…), l’extrême orient (Hong Kong) et la Grande Bretagne ne peuvent plus aller au-delà du Caire, l’espace aérien au dessus de la Méditerranée étant une zone de guerre. Le 19 juin 1940, Quantas (Cie aérienne australienne) et BOAC (British Overseas Airways Corporation, créée en 1939) mettent en place la fameuse Horseshoe Route, qui de Sydney rejoint Durban (Afrique du Sud), via Batavia (Indes hollandaises), Singapour, l’Inde, le Caire et bien sûr de nombreuses villes entre celles-ci. A Durban, le courrier était transporté par bateau en Angleterre ou aux USA. Les hollandais résidant dans leur colonie pouvaient donc utiliser ce service. Cette voie aérienne cessa avec la chute de Singapour en février 1942. Si un habitant des Indes hollandaises désirait correspondre avec la Suisse (pour les correspondances Croix Rouge, par exemple), le courrier utilisant la Horse Route était transporté par avion jusqu’à Bagdad, puis par train (Taurus Express) jusqu’à Istanbul et enfin par le Simplon Express via Vienne (censure allemande). Possible jusqu’à avril 41 (invasion des Balkans par les allemands). On rencontre des lettres postées aux Indes Hollandaises, avec un tarif correspondant à cette voie aérienne, retournées à l’expéditeur avec une étiquette pouvant se traduire (à peu près) par « Retour à l’expéditeur. Il est possible d’utiliser la voie Transpacifique, mais un supplément devra être payé. Veuillez présenter cette étiquette à la poste. Il n’y aura pas remboursement des timbres si vous ne réexpédiez pas la lettre ».
Curieusement, la lettre ci-dessous, destinée à la Croix Rouge, ne porte pas de marque de censure allemande (si elle était passée par Vienne) ou anglaise (si elle était passée par l’Afrique du Sud)
Enfin, il était aussi possible (bien que plus cher) faire transiter le courrier par les USA via la PANAM trans-pacific clipper route. Elle est donc très utilisée par les postes des Indes hollandaises, tout au moins jusqu’à l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941. La ligne FAM 14 reliait San Francisco à Hong Kong (puis Singapour à partir du 10 février 1941) via Manille, la ligne FAM 19, inaugurée le 12 juillet 1940, reliait San Francisco à Auckland, avec correspondance vers les Indes hollandaises via l’Australie.
Les 4 scans ci-dessous, extraits du site de vente Delcampe, ont diverses indications (censure, texte dactylographié) donnant une indication sur le trajet:
Enfin j’ai lu dans un vieil article philatélique que des lettres pouvaient être expédiées entre les Pays-Bas et sa colonie en les faisant transiter par Shanghai ou Manille : des employés de la Dutch Steamship Co basés à Shanghai ou de la Netherland East Indies Airways basés à Manille se chargeant de recevoir puis de re-expédier (comme, par exemple, Thomas Cook à Lisbonne) des lettres entre des familles séparées. Ce système fonctionna entre mi 40 et fin 41.
1-2 Période occupation japonaise
Les cachets à date de la période Indes hollandaises continuent à être utilisés en 1942, voire 1943. Mais la date est vite replacée par celle d’un des calendriers japonais (le Koki, « jour/mois/année », ou le Showa « année/mois/jour »). Puis les cachets japonais sont introduits (semble-t-il seulement à Sumatra et en zone « Navy »). Au moins à Sumatra, 2 modèles de cachets japonais ont été utilisé, le premier avec trois caractères se traduisant par « Dai Nippon », puis début 44 sans ces 3 caractères ! Les calendriers SUMERA – aussi appelé système de l’année impériale, KOKI- (2602 = 1942, 2603 = 1943…) et SYOWA (Showa) – basé sur le début du règne de l’Empereur Hirohito, principalement utilisé à Sumatra (17 = 1942, 18 = 1943…) sont utilisés !
A Bornéo, les cachets de l’époque coloniale continuent à être utilisés (même si des cachets sont fabriqués pendant la période d’occupation japonaise, ils sont assez similaires à ceux d’avant guerre). Dans les autres iles sous contrôle de la « Navy » japonaise, les cachets à date avec le nom en caractère latin des villes sont utilisés en plus de cachets en japonais, sans date (le cachet japonais est apposé sur le timbre, le cachet à date à côté). En cas de manque de timbres, une marque postale est apposée pour indiquer que les frais de port ont bien été acquittés.
Il existe quelques oblitérations spéciales (commémoratives), mais beaucoup moins qu’aux Philippines : du 11 au 16 octobre 1944 (pour l’épargne postale), le 15 février 1945.
On retrouve, sur les enveloppes utilisées par des entreprises, un cachet rouge indiquant que l’usage d’une enveloppe est autorisé (ce qui laisse entendre que seuls les entiers postaux sont utilisables par les particuliers ?)
1-3 Reprise des correspondances à l’arrivée des alliés.
Les premières marques postales que l’on peut rencontrer dans les zones libérées (en Papouasie, au nord des iles Célèbes), puis à Batavia (Jakarta) sont les suivantes:
Quand il n’y avait pas de timbres disponibles une marque postale comme le modèle ci-dessous était apposée (à titre d’exemple, les premiers timbres arrivèrent à Bornéo mi octobre 1945, et à Batavia mi avril 46).
Afin de pouvoir rassurer les habitants vivant aux Pays Bas sur le sort de leur famille restée aux Indes hollandaises, l’armée anglaise transportait (à partir de Novembre 1945) du courrier entre Londres et Singapour, et de Singapour vers quelques villes des Indes hollandaises. Un bureau de poste hollandais fonctionnait à Singapour (basé dans le « Nederandsche Handels Maatschappij building »). Ces plis étaient revêtus d’un cachet spécifique, tel que celui-ci (on trouve aussi une marque postale OHMS).
A Java, les anglais apposaient sur les correspondances (à l’arrivée et au départ) la marque suivante, à partir du 26-12-45, et jusqu’au printemps 46 sur des lettres non affranchies.
Dans plusieurs villes, les cachets à date d’avant guerre furent à nouveau utilisés. Mais beaucoup ayant été perdus, de nombreux cachets provisoires furent utilisés. Et les cachets de la période d’occupation japonaise continuèrent à être utilisés dans certaines villes. Ensuite, les cachets « PTT REP INDONESIA » sont utilisés dans les zones sous contrôle des républicains indépendantistes.
Dans les zones sous contrôle des hollandais, on rencontre des cachets à date de l’AMACAB (Allied Military Adinistration and Civil Affair Branch) et du RAPWI (Relief Allied Prisonners of War and Internees)
A Sumatra, on retrouve des cachets du RAPWI, de l’AMACAB mais aussi du KDP (Kantor Displaced Persons), et à Medan un cachet temporaire.
De nombreux cachets oblitérant « locaux » furent utilisés à Timor (partie hollandaise) Sunbawa, Amdon (une des iles des Moluques), aux Célèbes…
Un cachet temporaire a été utilisé pendant la conférence de MALINO (entretiens entre les colons et les indépendantistes) du 16 au 25 juillet 1946.
2 Correspondances militaires
Les japonais ont mis en place une armée de volontaires (la PETA).
Lors de la reconquête des Indes hollandaises, celles-ci sont divisées en deux zones militaires : Le « South East Asia Command » ( forces armées anglaises) et une zone sous commandement australien.
A Sydney, la « Royal Netherlands Indies Army » disposait d’un bureau de poste (il existait aussi, comme à Singapour, une poste hollandaise civile);
A Padang (ouest de Sumatra), les troupes anglaises utilisent à partir du 17 novembre 1945 un cachet FPO n°2.
Le site « APO by number » recense 38 numéros de cachets différents de la poste militaire américaine
3 Prisonniers
3-1 Internés allemands.
Suite à l’invasion des Pays Bas par les allemands le 10 mai 40, les autorités hollandaises internent plusieurs milliers citoyens allemands (dont plusieurs centaines de marins dont les bateaux se trouvaient dans un port des Indes hollandaises en mai 40) ainsi que des hollandais membres du parti fasciste NSB. Certaines femmes sont libérées et se rendent en Chine ou au Japon (le trajet vers l’Allemagne étant impossible). Fin 1941, des internés ont été transférés en Inde anglaise, d’autres au Surinam. Puis les japonais, dès leur arrivée en 1942, libèrent les allemands encore internés. Un cachet à date circulaire « CDT-INTERN-KAMP » (plusieurs camps utilisaient un cachet de ce type : Ambarawa, Bakjoebiroe, Koetatjané, Ngawi) sert de cachet de censure. Il est apposé à côté du cachet à date de la poste, qui lui est sur le timbre. Les responsables lisaient parfois une première fois la lettre, faisaient des commentaires et transféraient la correspondance à Batavia, au bureau de censure.
3-2 Prisonniers et internés hollandais.
Début 42, les japonais ont incarcéré 42 000 soldats hollandais (et métis indo-hollandais), ainsi que de nombreux civils, soit au total environ 350 000 européens et métis (les chiffres varient selon les sources). Lors de l’invasion des Indes hollandaises, d’autres soldats occidentaux étaient aussi présents (anglais, américains, australiens). Les italiens furent internés à partir de 1943. Jamais les allemands, bien sûr ! Les soldats indonésiens appartenant à l’armée hollandaise furent très vite libérés (idem pour les chinois, arabes, indiens).
Il existait de nombreux camps, les prisonniers étaient souvent transférés d’un camp à l’autre du territoire (en fonction des chantiers de travaux forcés), voire loin (Japon, Thaïlande…)
Le courrier des prisonniers et internés fonctionne très mal : rares possibilités d’écrire, délai d’acheminement très long, courrier non distribué (ou non expédié) par les gardiens. Les lettres ne pouvaient être rédigées qu’en japonais ou indonésien (anglais toléré pour les lettres expédiées à l’étranger). Les prisonniers de guerre devaient utiliser des cartes spéciales (modèles différents à Java, Sumatra, Célèbes…). Les internés civils utilisaient des entiers « standard » (ceux en vente à la poste). Les correspondances pour les prisonniers de guerre/internés étaient envoyées à l’office central de Batavia pour vérification et transfert vers le camp du destinataire.
Plusieurs milliers d’indonésiens furent contraints au travail forcé hors du pays (en particulier en Thaïlande – construction de la voie ferrée entre ce pays et la Birmanie) et plusieurs millions durent travailler pour l’armée japonaise à Java (les travailleurs forcés furent appelés « Romusha »)
A la fin de la guerre, c’est au tour des soldats japonais d’être internés dans des camps, avant un retour vers le Japon.
En 1945, les républicains (dans les zones qu’ils contrôlaient) étaient réticents à la libérations des hollandais internés.
4 Croix Rouge
Selon les ouvrages spécialisés, 111 193 messages civils ont été transmis à partir du 15 mai 1941.
L’ouvrage de Nadal (« les formulaires civils de la croix rouge…. ») répertorie un formulaire à en tête de la Croix Rouge de Batavia, en 3 langues (hollandais, anglais et allemand – ce qui laisse entendre qu’il était utilisé par les internés allemands en 1940-1941), puis un autre (n° 61*) , toujours à l’entête de la Croix Rouge de Batavia, mais en anglais, hollandais et indonésien. Il aurait plutôt été utilisé après la fin de la guerre.
Les enveloppes de la Croix Rouge étaient transférées non fermées au bureau de censure de Batavia



































