Italie: les correspondances des prisonniers

L’histoire des camps de prisonniers sur le territoire italien (à laquelle on peut ajouter les italiens prisonniers hors d’Italie) est assez complexe, . On peut distinguer :

1/ Les soldats italiens prisonniers (des alliés ou des allemands):

1-1 Italiens prisonniers des alliés, principalement lors des combats en Afrique (Libye, Tunisie…). Ces camps sont situés dans de nombreux pays car les alliés expédiaient leurs prisonniers dans leur pays respectifs (USA, RU) ou dans leurs colonies (Inde, Australie, Moyen Orient, Afrique…). En outre, des italiens ont été fait prisonniers lors des combat suite au débarquement des alliés en Italie mi 43. A priori, ces camps sont situés en Italie.

  • 1-1-1 Italiens prisonniers des alliés dans des camps situés sur le territoire italien
  • 1-1-2 Italiens prisonniers en Afrique du nord.

On estime, par exemple, que fin 44, environ 12 000 soldats italiens étaient encore prisonniers au Maroc. Ceux qui acceptaient volontairement d’être militaire et de prêter d’allégeance au nouveau gouvernement italien (celui sous contrôle des alliés), devinrent des cobelligérant et ils furent organisés en compagnies militaires de travail dénommé « Italian Service Units » (.S.U.). Dans la préparation des plans du débarquement dans le Sud de la France, il avait été décidé d’inclure plusieurs milliers de ces troupes « de travail » pour renforcer les unités combattantes américaines. Sur environ 50 000 « soldats  I.S.U. » disponibles à Oran, 36 000 furent utilisés lors du débarquement en Provence. En Algérie, les principaux camps de prisonniers dans lesquels étaient internés des italiens étaient : II : Saint Denis du Sig V : Constantine (prisonniers allemands et italiens), VI : Saida (officiers italiens), VII : Palat et VIII : Carnot. En Tunisie, on a interné des soldats italiens dans les camps n° XV Bizerte (16 septembre 1943 – 30 mai 1946), n° XIV (Tunis/ Sousse du 14 septembre 1943 au 30 juin 1946) et Zahouan-Laverie (15 septembre 43, 30 juin 46). Les camps étaient dirigés par les Français, qui ont censuré tout le courrier entrant et sortant. Les types de marque de censure sont dérivés de celles en usage au Maroc et en Algérie, mais il existe beaucoup de variétés locales.

  • 1-1-3 Italiens prisonniers au R.U., aux USA et dans les pays du Commonwealth

De nombreux italiens, capturés durant les campagnes du moyen orient et d’Afrique du Nord, ont été envoyés en Inde, en Australie (environ 18 000, la plupart transférés depuis  des camps indiens), en Afrique du Sud (où la majorité des prisonniers étaient des italiens). Il est à noter que la majorité des italiens détenus en Australie ont été libérés après l’Armistice de 1943, mais sont restés pour y travailler. On trouve des camps également en Égypte, en Inde.

Un peu moins de 20 000 italiens ont été détenus en Australie (il y avait aussi des centres d’internement pour civils, comme en Angleterre). Les principaux étaient Hay Camp, Cowra Camp, Loweday Camp, Harvey n° 11, Murchinson… Ces italiens travaillaient surtout dans des fermes. Les derniers prisonniers (tout au moins ceux qui ne se sont pas mariés avec une australienne !) ont été rapatriés en 1947

En Égypte, outre des camps pour prisonniers de guerre, on trouve des lieux d’internements des civils:

 

Les 29 camps en Inde, qui comprenaient majoritairement des soldats italiens, ont été réunis en 6 groupes :

  • Group I – Bangalore: Camps 1 à 8 – Les camps étaient situés à  Jakkur, Hebbal et Jalahalli.
  • Group II – Bhopal: Camps 9 à 16 – Le camp 16 était un hôpital
  • Group III – Ramgarh: Camps 17 à 20 – D’abord créé pour des internés civils allemands, ce camp a reçu ultérieurement des prisonniers de guerre italiens. En mai 42, les prisonniers ont été expédies vers d’autres camps, et les américains ont installé un camp d’entrainement pour soldats nationalistes chinois.
  • Group IV – Clement Town (Dehra Dun): Camps 21 à 24 – Plusieurs sections 1: pro-Nazi, 2: anti-Nazi, 3: Italiens.
  • Group V – YOL: Camps 25 à 28 – Situé près de Dharamsala
  • Group VI – Bikaner: Camp 29 – Outre un camp pour prisonniers japonais, les italiens « difficiles » y étaient internés.

Les navires amenaient des soldats sud-africains en Égypte: au retour, ils transféraient des prisonniers (dont beaucoup d’italiens) des camps égyptiens vers des camps sud-africains ! (un peu moins de 100 000)

Les italiens fait prisonnier en Afrique de l’Est lors des combats entre l’armée italienne et anglaise (en Éthiopie, Somalie) furent principalement transférés au Kenya et en Ouganda.:

Plus de 50 000 italiens étaient détenus aux USA. Au Royaume Uni les premiers prisonniers italiens (capturés au Moyen Orient) sont arrivés en juillet 1941. L’armistice signée entre les allias et l’Italie en 1943 n’entraine pas la libération des prisonniers italiens détenus en Angleterre et aux USA : ils restent travailler sur place, en raison de la pénurie de main d’œuvre. Mais ils bénéficient de beaucoup plus de liberté (tout au moins au RU) que lorsqu’ils étaient prisonniers de guerre.

Des italiens ont aussi été prisonniers en France:

 

1-2  Italiens prisonniers des allemands après la capitulation de juillet 43.

En effet, les soldats italiens qui étaient aux côtés des allemands avaient le choix entre être faits prisonniers ou combattre dans les unités allemandes. Beaucoup choisirent d’être internés dans des camps allemands. Cela concerne aussi bien des soldats italiens présents sur le territoire italien (dans la partie de l’Italie occupée par les allemands, pas encore libérée par les alliés) qu’hors d’Italie (Grèce, Yougoslavie…).

Il est à noter que le numéro de PM (poste militaire) dont dépendait l’unité du soldat interné par les allemands est conservé dans l’adresse de lu prisonnier, comme le montre la lettre ci-dessous (son unité était basée en Grèce lors de son internement)

Comme le montre l’exemple ci-dessous, il est fréquent que les lettres envoyées par un prisonnier italien dans un camp allemand pour sa famille en Italie du sud transitent par la Tunisie, où elles sont censurées:

Il est à noter que les allemands géraient le DULAG 226 (à partir de novembre 43) à Pissiguano, le DULAG 339 (à partir de septembre 44) à Bozen et le Stalag 339 à Trieste.

1-3 Italiens prisonniers des russes.

Environ 60 000 soldats italiens ont été fait prisonniers par l’Armée Rouge. Plus de la moitié sont morts avant leur libération (les derniers ont été libérés en 1954).

1-4 Italiens prisonniers des yougoslaves

Les 2 cartes ci-dessous ont été envoyées par des italiens prisonniers en Yougoslavie. Je ne m’explique pas le cachet allemand (Reich) sur la 1ère

1-5 Italiens internés

Lors du déclenchement de la guerre avec l’Italie (juin 40), les italiens (civils donc) présents sur le sol anglais ont été internés (en particulier sur l’Ile de Man).

Un peu plus haut, je montre l’exemple d’une lettre expédiée par un civil italien interné en Egypte.

La carte ci dessous a été expédiée depuis Messine, en Novembre 43 (la ville est alors entre les mains des alliés) à destination d’un marin italien interné au Brésil (le Brésil est en guerre aux côtés des alliés). Censure américaine, française en Tunisie (transit fréquent des lettes à cette période) et est aux bons soins du consulat suisse de Sao Paulo.

 

2/ Les prisonniers DES italiens 

2-1 Prisonniers de guerre.

Les italiens qui combattaient aux côtés des allemands firent eux aussi des prisonniers, en particulier dans les zones de Yougoslavie sous leur contrôle, et en Grèce.

La plupart des alliés fait prisonniers par les troupes italiennes  l’ont été lors des campagnes en Afrique du Nord. Il s’agit principalement d’américains, d’anglais et de citoyens du Commonwealth. Il existe plusieurs dizaines de camps en Italie (en septembre 43, plus de 80 000 soldats alliés étaient prisonniers en Italie). Un camp est désigné par un numéro, mais il faut ajouter le « code postal »

Après l’armistice signée en 1943, certains de ces prisonniers se sont retrouvés entre les mains des allemands (environ 50 000 auraient été transférés en Allemagne).

2-2 Prisonniers civils

Traduction (google translate) de l’ouvrage de Geissler. En 1939, Mussolini a commencé à chercher en Italie des endroits appropriés où les  antifascistes, les Juifs étrangers pourraient être internés. Il y a eu une coopération avec l’Allemagne sur cette question, au cours de laquelle au moins 50 à 100 camps de concentration de ce type ont été mis en place. Cependant, ils n’ont jamais été gérés directement par les allemands. Ces camps sont principalement utilisés pour l’internement des Juifs allemands, français, anglais et polonais. La majorité des internés ont été transférés dans d’autres camps à partir de la mi-42.

Carte postale d’un prisonnier avec marque de censure « visto p censura 1941 » :

Quelques exemples de camps :

  • Ferramonti

En mai 40, un navire quitte Bratislava (Slovaquie) pour Israël. Il coule près de Rhodes (colonie italienne), et les italiens internent les 514 survivants dans l’ile de Rhodes. Ils sont transférés début 42 dans le camp de concentration de Farramonti (Italie du Sud), camp libéré le 14 septembre  43 par les anglais.

  • Padoue

Il a été créé par le service de sécurité SS pour interner des Juifs allemands en Italie. De là, ils ont été principalement emmenés au camp de concentration de Bergen Belsen.

  • Fossoli

En raison de son emplacement stratégiquement favorable, il était subordonné au commandant allemand de la police de sécurité à Vérone. La police italienne était chargée de garder le camp. Cependant, il était géré par les SS allemands. Des prisonniers, regroupés dans plusieuirs petits camps de transit, étaient envoyés à Fossoli. Après son démantèlement (mi 44), un ancien entrepôt de l’armée italienne situé à Bolzano (capitale de la zone d’opération allemande des Alpes) devient le camp de transit pour prisonniers avant leur transfert vers Auschwitz (entre autre).

  • Trieste

Après  la création de la République Sociale Italienne, une politique de déportation des juifs se met en place : des camps de concentration (en fait, des camps de transit avant la déportation vers les camps de la mort) de civils sont alors mis en place (comme Risiera di San Sabba, près de Trieste – sous contrôle des allemands).

  • Borgo San Dalmazzo

Il s’agit d’une caserne où furent enfermés des juifs français fuyant la France.

Il est à noter que les autorités italiennes ont internés des civils anglais (principalement enter 1941 et 1943). La plupart des lieux de détentions étaient situés dans la région de Macerata, (côte de l’Adriatique, N-E de Rome). Suite à la reddition des troupes italiennes en 1943, ce internés se sont retrouvés entre les mains des allemands. L’ouvrage de Roger Horton (Civils britanniques internés en Europe) indique que peu de civils anglais ont été internés, qu’ils s’agissait plutôt d’anglais résidant en Tripolitaine, et que donc les correspondances sont très très rares.

3/ Le IIème Corps polonais

Ce corps, créé en URSS en 1941, transféré en Irak suite à un accord entre alliés, avait comme commandant le fameux général Anders (d’où le nom d’Armée Anders). Du moyen orient, cette armée fut envoyée en Italie en février 44. Elle participa en particulier à la bataille du Monte Cassino, puis à celle d’Ancône (entre autre) . Des polonais incorporés dans l’armée allemande rejoignent le corps polonais (après avoir été fait prisonniers par les Alliés), qui compta environ 100 000 hommes en 1945. A la fin de la guerre, ceux qui rentraient en Pologne furent déportés, tués. La majorité des anciens soldats resta donc dans des camps en Italie. Les émissions philatéliques qui suivent, ont été faites pour se souvenir de la gloire et du sacrifice consentis par les membres de ce corps expéditionnaire héroïque. Suite à un accord avec l’administration postale italienne, ces timbres ont pu affranchir des lettres, même postées par des italiens.

En 1945, une douzaine de timbres (et de blocs) ont été émis, en monnaie polonaise:

Le 8 décembre 1945, une série de 9 valeurs est émise (en lires). Il s’agit d’une émission de bienfaisance. Tirage 150 000

VOIR POLOGNE

4/ Divers

Outre des camps pour polonais ne désirant pas rentrer chez eux, la lettre ci dessous montre que d’autres nationalités d’Europe de l’Est sont restées en Italie après la guerre, craignant ce qui risquait de leur arriver dans leur pays d’origine. La lettre ci-dessous a été postée dans le camp IRO-UNEC (International Refugee Office – United Nations Economic Commission)  de Samar à destination du camp I.R.O. de Bagnoli, en Italie, près d Naples (ce camp a fonctionné de 1946 à 1951). Le nom du destinataire semble indiquer qu’il est russe.

Allemands prisonniers des alliés, intégrés après la guerre dans des « german labour unit ». Lettre postée en Allemagne (probablement en Décembre 45) vers Naples

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