A.E.F. marcophilie

La censure : l’AEF (Afrique Équatoriale Française) compte 7 commissions de censure. Dans chaque commission, on retrouve le contrôle télégraphique (qui a ses propres cachets) et le contrôle postal. Cependant, des lettres peuvent être revêtues du cachet de la commission télégraphique:

  • Brazzaville, au Moyen Congo (indice A): L’ouvrage »Zensurstemple aller französischen Kolonien » recense les marques suivantes: « contrôle postal ou contrôle télégraphique/ Afrique équatoriale française/ Commission A »(dans un double cercle), la marque « ouvert par l’autorité militaire » dans un ovale pointu   (fusiforme)
  • Pointe Noire, aussi au Moyen Congo (indice B):L’ouvrage »Zensurstemple aller französischen Kolonien » recense les marques suivantes: « contrôle postal ou contrôle télégraphique/ Afrique équatoriale française/ Commission B »(dans un double cercle), la marque « ouvert par l’autorité militaire » dans un ovale pointu   (fusiforme)
  • Libreville au Gabon (indice C) : L’ouvrage »Zensurstemple aller französischen Kolonien » recense les marques suivantes: « contrôle postal / Afrique équatoriale française/ Commission C »(dans un double cercle), la marque « ouvert par l’autorité militaire » dans un ovale pointu   (fusiforme)

 

  • Port Gentil (D) aussi au Gabon. L’ouvrage »Zensurstemple aller französischen Kolonien » recense les marques suivantes: « contrôle postal ou contrôle télégraphique/ Afrique équatoriale française/ Commission D »(dans un double cercle, la marque), « ouvert par l’autorité militaire » dans un ovale pointu (fusiforme)
  • Bangui (indice E) en Oubangui Chari. L’ouvrage »Zensurstemple aller französischen Kolonien » recense les marques suivantes: « contrôle postal / Afrique équatoriale française/ Commission E »(dans un double cercle, la marque), « ouvert par l’autorité militaire » dans un ovale pointu (fusiforme) et le mot « CONTRÔLÈ » (cachet linéaire)
  • Tchad Archambault (F): L’ouvrage »Zensurstemple aller französischen Kolonien » recense les marques suivantes: « contrôle postal/Afrique équatoriale française/ Commission F »(dans un double cercle), la marque « ouvert par l’autorité militaire » dans un ovale pointu   (fusiforme)
  • Fort-Lamy (G), aussi au Tchad. L’ouvrage »Zensurstemple aller französischen Kolonien » recense les marques suivantes: « contrôle postal ou contrôle télégraphique/ Afrique équatoriale française/ Commission G »(dans un double cercle, la marque ), « ouvert par l’autorité militaire » dans un ovale pointu (fusiforme)

Enfin un très rare cachet circulaire « contrôle postal/Afrique française libre/CCCP » a été utilisé.

On retrouve différents types de bandes.

Communication avec les autres territoires.

Avec la Métropole : Un article de Timbre Magazine de 2005 indique que le 4 juin 41, les autorités du Cameroun apprennent que le gouvernement de Vichy a donné des instructions pour que les correspondances entre la France non occupée et les colonies « dissidentes » (ralliées à De Gaulle) puissent être acheminées via Dakar, Cotonou puis le Nigeria (ou la Gold Coast -maintenant Ghana). Ce service se met très progressivement en place entre l’été 41 et mi 42, avec beaucoup de difficultés. Il est à noter que la Croix Rouge permettait déjà l’acheminement de messages entre la France non occupée et des colonies gaullistes (également avec beaucoup de difficultés !). Et il était même possible aux français résidant en zone occupée de correspondre avec l’AEF et le Cameroun, à condition d’utiliser des cartes interzone. Et en novembre 42, tout s’arrête (occupation de la zone « libre » par les allemands) sauf les communications via la Croix Rouge.

La lettre ci dessous a eu un parcours de 3 années ! Postée à Brazzaville (Moyen Congo) le 27 juillet 40, alors que le territoire n’est pas encore rallié à De Gaulle à destination de Bordeaux, occupée par les allemands. Les communications sont interrompues (voire cachet): la lettre est retournée au Congo. Elle arrive à Cotonou, au Dahomey le 14 mars 43 (pourquoi un délai aussi long ??) puis à Lagos le 6 avril 43 d’où elle est expédiée à Lusaka (pourquoi ??) où elle arrive le 18 mai 43 (elle est censurée dans cette ville de Rhodésie du Nord, maintenant Zambie). Le 21 mai 43, cachet indiquant un transit à Elisabethville, au Congo belge. Cette ville, nommée actuellement Lubumbashi, est frontalière de la Zambie. Le 6 juin 43, la lettre atteint Léopoldville (Kinshasa), située en face de Brazzaville. La lettre atteint enfin son expéditeur le 6 juin 43 !

Autre lettre postée en Décembre 40 à Moundou, au Tchad (elle atteint Brazzaville le 30 décembre 40), à destination de la Vendée, zone occupée par les allemands. Les correspondances sont donc suspendues, et la lettre est retournée (voir cachet rouge) après avoir atteint Marseille (voir censure WK3). En décembre 41, la lettre revient à Brazzaville, puis elle revient à Moundou le 19 janvier 42 !

 

Le scan ci-dessous (origine: Timbre Magazine) décrit aussi le parcours d’une lettre destinée à la zone occupée, et retournée (le transit est par le Nigéria):

 

Avec les territoires sous contrôle des alliés : En Afrique, Lagos (Nigéria) devient une sorte de hub pour les communications aériennes (vers Londres, le Caire, le Cap..) Beaucoup de lettres y transitent et y sont censurées. En juillet 40, une ligne aérienne anglaise relie Fort Lamy (Tchad) à Lagos. Puis mi 41 la ligne Lagos – Entebbe (Ouganda britannique) effectue des escales dans plusieurs villes de l’AEF et du Congo belge (rallié au gouvernement belge en exil à Londres). Il en est de même pour la ligne Le Caire Lagos. La Sabena exploite aussi une ligne passant par Bangui et Douala. A titre d’anecdote, du courrier est transporté en vélo de Bangui (Oubangui Chari) jusqu’à Libangé (Congo Belge), où un avion de la Sabena fait escale !

Le 30 octobre 41, une ligne Damas-Brazzaville est ouverte par la LAM (Lignes Aériennes Militaires, contrôlées par De Gaulle), qui permet (entre autre) d’acheminer le courrier entre les français combattant au Moyen Orient, en Libye et leur famille en AEF. En novembre 42, les Anglo-américains débarquent en Afrique du Nord, et l’AOF se rallie à De Gaulle. Progressivement, des liaisons postales aériennes se mettent en place entre les différentes colonies.  A partir de 1943/44, des lignes régulières sont ouvertes : Dakar-Pointe Noire, Accra-Kano-Fort Lamy, Pointe Noire-Libreville-Douala-Lagos-Accra,Bangui-Tananarive, et Brazzaville-Tananarive-La Réunion (février 43). A l’été 45, existent une ligne Paris-Pointe Noire via Douala, Libreville et Brazzaville, une ligne Paris Tananarive par Douala  et Brazzaville et enfin Paris Tananarive par Bangui.

La lettre ci dessous a été postée à Bangui le 18/2/43, où elle a été censurée (cachet commission E). Le 27/2/43, elle arrive à Tananarive en utilisant le 1er vol AEF- Tananarive (voir cachet). L’adresse à Tananarive étant fictive (même nom d’expéditeur et de destinataire), l’enveloppe est retournée à son expéditeur: cachet du 9/3/43 à Bangui (et nouvelle censure), du 2/4/43 à Fort Archambauld, puis du 7/4/43 à Moudou (au Tchad) avant de revenir à son expéditeur situé à Laï, toujours au Tchad

La lettre ci-dessous a un parcours difficile à reconstituer. Elle est postée le 16 avril 1940 par un militaire basé à Fort Archambault, au Tchad, à destination du secteur postal 730 (troupes d’outre mer). Le destinataire étant parti, la lettre est retournée à son expéditeur. Elle transite alors par plusieurs pays: Yaoundé au Cameroun (le 3 sept 41), où elle est censurée, puis Bangui en Oubangui Chari le 24 sept 41, puis le 27 sept 41 à Fort Rousset (maintenant Owando) au Moyen Congo et enfin Moundou le 6 oct 41, au Tchad, situé pas très loin de Fort Archambault. J’imagine que la lettre est alors redistribuée à son expéditeur, après un parcours d’un an et demi. On note aussi une censure du Ghana (Gold Coast), sans qu’il soit possible à quel moment du parcours cette censure a eu lieu:

Camp d’internés (de français pro-Vichy) : Mouila au Gabon, Bouar en Oubangui, Mouyondzi et Djambala au Moyen Congo, Batschenga au Cameroun. Il en existe d’autres, ainsi que des résidences surveillées. Cela ne concerne que quelques centaines de personnes. La plupart partiront vers l’Afrique du Nord giraudiste après le débarquement des Alliés de novembre 42. La haine entre les pros De Gaulle et les pros Pétain est tenace dans les colonies françaises !

La lettre ci-dessous est extraite d’un article de Timbre Magazine. Elle montre le parcours d’une lettre postée en zone non occupée à destination d’un prisonnier au Congo.

tandis que la lettre ci dessous, qui fait partie de ma collection, présente une lettre écrite par un prisonnier de ce camps à destination d’un correspondant au Maroc, avant l’arrivée des troupes américaines dans ce pays. Notez les cachets du Moyen Congo (2, 3 et 5 décembre 41) du Nigeria (5 janvier42), un cachet de censure (peu visible) à priori du Congo, un autre du Nigeria (et une bande de censure de ce même territoire anglais), d’Angleterre- ce qui laisse à penser que la lettre n’est pas allée directement du Nigeria au Maroc, mais a transité par le Royaume Uni avant d’aller au Maroc, probablement via le Portugal et l’Espagne.

Croix Rouge. Après quelques difficultés d’ordre juridique, le 1er aout 41, le CICR demande officiellement à De Gaulle de faciliter la constitution d’un comité de la Croix Rouge pour la « France Libre », en plus de celui de Vichy. Le 21 avril 42, une délégation est créée à Brazzaville, ce qui permettra à l’AFL de correspondre avec la Croix Rouge à Genève et en France (auparavant, la Croix Rouge du Congo Belge ou de Dakar, ainsi que le Vatican ont pu faire passer des messages ; en outre, le Service de Renseignement aux Familles utilisait la TSF pour transmettre des messages en provenance de France retranscrits et expédiés aux résidents en AEF). L’ouvrage de Carnévalé (Les messages de la Croix Rouge) indique que le premier message familial a été expédié de Brazzaville le 13 aout 42, et que 5 494 messages ont transité par Genève. A titre de comparaison, le bureau de Léopoldville a été ouvert le 24 octobre 40, et 109 400 messages ont été expédié.

La lettre ci dessous est destinée à la Croix Rouge suisse (un message familial devait être à l’intérieur). Postée à Bangui le 16 aout 41 (où elle a été censurée), la lettre a transité le Moyen Congo (cachet Brazzaville du 5 sept 41), puis par le Congo Belge (cachets des 5 et 8 septembre 41 et censure des autorités locales), avant d’être envoyée au Royaume Uni (bande de censure).

Cette lettre postée à Brazzaville, porte l’entête du service de renseignements aux familles (il est probable que l’enveloppe contenait un message destiné à M. Déchanet, provenant de sa famille en France (selon google, Pierre Dechanet a rejoint l’escadrille Normandie Niemen en 1944) :

Sur cette autre lettre, postée dans le Vaucluse le 17-2-42, l’expéditeur a indiqué « aux bons soins de la Croix Rouge de Manga », ville située dans le Tchad. Au cours du périple, cette ville a été remplacée par une autre, également située au Tchad : (Fort) Archambault. De Marseille, la lettre est expédiée à Dakar (le Sénégal est encore contrôlé par Vichy) – cachet Dakar 28-2-42 (et bande + cachet de censure), puis au Dahomey (cachet Cotonou 2-3-42), puis au Nigeria anglais (cachet de censure « CENSOR »), d’où elle est remise aux autorités française de l’AEF (gaulliste) : cachet Fort Lamy 27-4-42. Elle est alors transférée à Ati (cachet 9-5-42) autre ville du Tchad puis enfin Brazzaville (marque de censure A3). J

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